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Fou le foot ou fou de foot ...

L'EURO de football est au cœur de l'actualité avec des matchs tous les jours, des émissions en tout sens (en étant parfois même dénuées), de la pub à outrance et toute une panoplie de manifestations et d'événements en parallèle. Mais ce sont surtout les dérives du foot qui sont au cœur des discussions et du buzz.
L'argent dégoulinant des shorts écœurait déjà les foules, mais depuis quelques jours, les exactions des barbares en marge des matchs cristallisent le dégoût du ballon rond.
Avec la licence vétéran, c'est décidé je rechausse les crampons et affûte ma plume pour glisser un tacle aux détracteurs d'un sport populaire par excellence et vecteur d'autres valeurs que celles diffusées par les médias.

Les individus, qui se sont affrontés sur vos écrans de télévision dans les rues de Marseille, ne représentent en rien les amateurs de foot. Les batailles rangées, qui ont afflué sur les réseaux sociaux, n'ont aucun rapport avec les supporters du carré vert. Les dérives mercantiles des sponsors, qui abreuvent chaque match, ne sont point les seules références culturelles des enfants de la balle.
J'enfile ici le maillot d'une grande équipe d'amateurs, de fans, de supporters. Sans en être le capitaine sur le terrain ou le porte-parole des tribunes, j'en suis un défenseur en place, un gardien prêt à parer les attaques opportunistes. Mes partenaires dans cette "team" partagent des valeurs de respect, de solidarité, de franche camaraderie et de blague potache. Mes coéquipiers, initiés des vestiaires, ne sont en rien des adeptes de la violence gratuite, du business des équipementiers, de la corruption des instances sportives. Nous ne supportons aucunement les errements de notre sport. Nous aimons la performance, l'engouement, la ferveur, la joie, les émotions que le football nous procure. Et nous sommes ouverts à tout nouveau coéquipier qu'importe son niveau technique ou ses capacités physiques, prêts à accueillir tout le monde pour partager les plaisirs du ballon.
Cette grande équipe condamne toutes ces violences ou dérives, et adresse un carton rouge à leurs auteurs. Le foot pour nous, c'est une bande de potes sur la plage avec des t-shirts pour faire les buts. Cette même bande de potes qui se réunit autour d'un verre, d'une bouffe pour regarder un match et passer une bonne soirée, à l'instar de beaucoup d'autres manifestations sportives ou culturelles.
Parce que le foot est aussi une culture. Cela peut choquer les réfractaires, mais oui, le foot est une culture et possède sa propre culture. Le foot ne se résume pas à des demeurés tapant dans un ballon, touchant des millions pour réjouir d'autres benêts abreuvés de bière et de merchandising.

Une convivialité. Le foot c'est un tournoi de gamins le weekend de Pâques réunissant des équipes du coin et partageant un barbecue. Une ambiance champêtre de guinguette. Le foot c'est ton père qui t'emmène voir les matchs du dimanche de ton patelin. Le foot c'est l'odeur des vestiaires et des terrains de quartier ou de campagne. Des stades que tu arpentes avec ton équipe dans un championnat à milles lieues du reflet médiatique, en rien la vitrine d'un sport si populaire parce qu'on peut y jouer partout !
Une histoire dans l'Histoire. Le foot ce sont des personnages, des histoires extraordinaires d'hommes, d'équipes, de clubs, de villes. Des matchs au cœur d'événements politiques et de faits historiques, à l'image de l'équipe de Corée du Nord vainqueur d'une redoutable équipe d'Italie en 1966 lors la coupe du monde en Angleterre. Les joueurs, la perfide Albion en avait fait ses chouchous et la dictature asiatique les avait emprisonnés pour ne pas avoir gagné un match alors qu'ils avaient été héroïques sur le terrain. Des personnages historiques tel Albert Camus ou Pasolini, football et théâtre. Le premier en a tiré une maxime célèbre de 1959: "Le peu de morale que je sais, je l'ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités". Le second, le poète italien, lui le communiste, l'homosexuel, l'artiste jouait au foot avec les gamins des quartiers mais aussi avec des joueurs pros dans l'Italie des années 70. Le capitaine de l'équipe de Lettres de son Université, était capable de taper la balle avec les pros et de regarder les matchs avec les prolos.
Une Pop Culture. Bob Marley aurait aimé être footballeur plus que musicien et ne ratait jamais une occasion de taper dans la balle. Comme avec la musique, c'était pour lui un moyen de s'évader. Ernesto "Che" Guevara, adepte du rugby dans son plus jeune âge et son éducation bourgeoise, s'était pris d'affection et montré un grande passion pour le foot. Le discipline le rapprochait du peuple grâce auquel il a pu partager et propager son combat idéologique. George Best, emblématique numéro 7 des Reds Devils de Manchester United, était considéré comme le 5ème Beatles. Alors que seul Mac Cartney était fan de foot, d'Everton, l'autre club des "4" de Liverpool, Best, ce joueur de foot complétement Rock'n'roll, lui préférait les Stones.
Une Géopolitique. Des clubs, des villes comme le FC Sankt Pauli, club de la banlieue de Hambourg dont l'ancien président Wilhelm Koch avait donné son nom au stade du club. Mais en 1997, l'assemblée générale a décidé de renommer le stade, Millerntor, à cause de son appartenance au parti nazi allemand de 1933 à 1945. Dix ans plus tard, 2007, elle a interdit la vente du nom du stade à tout sponsor commercial et le statut du club et le règlement du stade, le FC Sankt Pauli est un club sportif antifasciste et antiraciste. Ou encore le Foot Club United Manchester, ce club a été fondé par les supporters déçus du célèbre Manchester United suite à la reprise par un magnat de la presse américain. Le club est géré uniquement par ses supporters et continue à dénoncer les dérives mercantiles de leur sport. Ils tendent à lui rendre ses valeurs populaires et humaines. Mais aussi le club des Kaiser Chiefs d'Afrique du sud, fondé par un joueur noir exilé aux Etats-Unis pour fuir l'Apartheid et devenu un modèle de réussite basé dans les bidonvilles de Soweto comme un symbole de lutte des natives contre la répression des afrikaners.
Des Personnalités à part. Des individus émergent aussi des terrains, des hommes d'idées autant que d'action, sans dénombrer les joueurs qui participent à des œuvres caritatives, et font profiter aux plus modestes leur réussite et leur notoriété . Nous pouvons en citer deux : Lucarelli attaquant emblématique de la modeste équipe de Livourne, l'italien, communiste affirmé, mêle combat politique et joute sportive. Il refusa des sollicitations pour des grands clubs et des émoluments exorbitants pour rester dans son club de toujours et déclarer: « Livourne n'est pas seulement une équipe ou une ville... mais une des forces qui sauveront le football ». Il porte sous son maillot un t-shirt à l'effigie du "Ché" et soutien un groupes d'ultras de son club dont l'orientation politique est clairement à gauche. (le mouvement "ultra" est un mouvement d'individus passionnés par le foot et leur club, d'orientation antifasciste.) Et puis Socrates, dit "le Docteur", est un génie des terrains au brésil dans les années 80, à l'origine d'un combat idéologique contestataire des années de dictature de la junte militaire au pouvoir depuis 1964. Il est à l'origine de "la Démocratie Corinthiane", un mouvement d'intérêt collectif dans un pays ou le foot est roi mais où les joueurs sont des esclaves. Socrates, philosophe né des vestiaires, voulait changer les conditions de travail des joueurs, puis changer la politique sportive du pays et la politique tout court. "Peu de brésiliens ont la possibilité de faire des études et donc d'acquérir des notions de politique. Nous leur avons inculqué cette culture en utilisant la langue du football". Socrates, le leader d'une équipe devenu un symbole au Brésil, un enjeu politique, "Les Corinthians" rentreront un jour sur le terrain d'un match amplement médiatisé avec cette banderole "Gagner ou perdre mais toujours en Démocratie".
Des Anecdotes Historiques. On aurait pu faire la guerre pour le foot, Honduras contre Salvador en 1959, mais on a fait la paix. Un symbole de paix est aussi sorti des tranchées en 1914, à l'aube d'une trêve improvisée entre des soldats britanniques et allemands durant le premier Noël de la Grande Guerre. En marge des échanges de cigarettes et d'alcool, un soldat britannique aurait sorti un ballon de son paquetage et aurait échangé quelques passes pour transformer le champ de bataille en terrain de jeu. D'autres belles histoires à cette période évoquent des parties improvisées avec des boites de conservent ou des ballons de fortune. La preuve que l'on peut jouer partout et n'importe quand. La preuve aussi que la guerre, c'est la guerre et que le foot c'est le foot.
Des références Socio-historiques. Éric Cantona, icône franco-mancunienne et frère de Kung Fu Panda, a d'ailleurs réalisé une série de documentaires sur les places fortes du football, capitales européennes, nord-africaines ou sud-américaines. Intitulé "Looking For", en référence au fil de Ken Loach dans lequel il interprète son propre rôle, le reportage y relate l'importance sociologique des clubs de foot, leur rivalité au sein d'une même ville et comment ceux-ci ont évolué à travers les époques politiques et les périodes économiques. Nous pouvons élargir cette thématique à de nombreuses aux rivalités des clubs de villes ouvrières contre ceux des villes bourgeoises. Plus proche de nous, y associer l'influence des vagues migratoires dans l'évolution de notre région. Le bassin minier avec le mythique Racing Club de Lens et son histoire, né des mines et qui a su évoluer depuis 1906 au travers du siècle avec les deux Guerres Mondiales, les crises et intégré à son essor les populations immigrées notamment polonaises.

Voilà une partie de la culture foot. Des journalistes, des personnes bien plus érudites que moi pourraient vous narrer des histoires bien plus savoureuses, ce ne sont que quelques exemples que je partage.

Un Sport Populaire. Ce sport tant décrié dans sa version moderne est un avant tout un vecteur de solidarité, de paix donc et d'intégration. Nombre de jeunes issus des classes populaires ont réussi à trouver des valeurs morales par le biais des éducateurs sportifs des clubs de quartier. Ils ont abandonné pour un moment le cliché des cages d'escaliers pour s'adonner à la course au ballon rond. La petite frappe ciblée par les politiques opportunistes est devenu un sportif du dimanche, membre à part entière de la vie sociale et citoyenne de sa cité. Comme dans de nombreux autres sports, des hommes se sont formés grâce aux valeurs du sport, alors qu'ils se sentaient abandonnés ou exclus de celles de la République. Tous n'auront pas le destin doré ou pourri par l'argent du sport roi, mais tous auront appris les notions d'esprit d'équipe, de fair-play, de solidarité du football populaire.
Un sport devenu le reflet de la société...l'argent est un enjeu pour les dirigeants, un spectacle pour les amateurs, un débat d'idées pour les supporters qui réfutent certaines déviances. Peut-être qu'en France, dans le pays où il faut tout catégoriser où tout doit rentrer dans une case, cela peut choquer que des gamins de banlieue, des petits "lascars" réussissent sans éducation.
Le business du foot n'est pas une fin en soi et ne sera jamais l'essence même de ce jeu.
Le statut de bouc émissaire est difficile à assumer alors que des sports tout aussi lucratifs sont moins décriés ou stigmatisés. Le tennis, le golf, la Formule 1, des sports moins médiatisés drainent des ressources hors normes, voire indécentes mais ne sont pas en première ligne des critiques et moins ouvert à l'ensemble de la population. Certes ils ne sont pas le théâtre de violence ou de haine mais les hooligans sont une minorité incontrôlable de la société qui prennent le football en otage.

Résumer le football a son expression économique ou aux dérapages de hooligans abreuvés de violence, c'est en oublier sa culture et son histoire, ne voir que la face émergée de l'iceberg. Celle que l'on nous montre à la télé et qui fait du buzz, c'est un peu comme résumer une manifestation aux exactions des casseurs et en oublier les revendications et les aspirations profondes d'un mouvement social. Cela démontre également l'absence de culture sportive en France. Notre beau pays à l'exception culturelle relègue souvent le sport à une activité physique, le limitant à son expression la plus simple en dissimulant les valeurs essentielles du sport.
Donc fustiger un sport qui possède tant de références, c'est se contenter uniquement du 20H de TF1 pour s'informer, c'est un peu comme râler après les trains en retard et oublier ceux qui sont toujours à l'heure. C'est omettre que les Irlandais, les Gallois, les Belges (hormis leur choix tactique inadapté face au 3/5/2 Italien) et d'autres supporters, passent un très bon Euro. Délectons nous de ce subtil revival de la musique des années 90, lalalallalalalallalalalallalalala ... Un Freed from desire de GALA... Merci à eux pour cette joie et le plaisir partagé.

Le foot ce n'est pas la guerre, la violence et la haine. Aucun aficionado, socio, fan ou supporter de football ne sera en accord avec ce déferlement de bêtise et se défendra de toutes exactions à l'encontre d'un adversaire hormis par les chants et la fierté du port des couleurs.
Le foot c'est un rêve de gamin de faire vibrer tout un stade, de faire chavirer les foules après, sur l'aile, une folle chevauchée, un centre au cordeau, une reprise de volée ...la magie d'un but d'anthologie. Un sport de poésie de pieds en cape, des vers d'émotions, des quatrains de frissons à vivre avec passion. Le foot c'est beau quand on y joue avec les pieds et avec la tête, non pas avec les mains sauf si on en est le gardien.

Tag(s) : #Football, #Foot, #Société

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